Périostite Tibiale (SSTM) à Esneux :Pourquoi le repos ne suffit pas et le lien caché avec votre dos
Par Foncel Makoso Mpongo
Kinésithérapeute Musculo-Squelettique au Centre Médical Nève, Esneux
Kinésithérapeute Musculo-Squelettique au Centre Médical Nève, Esneux
C'est une douleur que les coureurs redoutent. Une brûlure le long du tibia, souvent sur la face interne, qui apparaît au début de la course, semble s'atténuer à chaud, mais revient de plus belle après l'effort.
On vous a probablement parlé de "périostite", de "Shin Splints" ou d'inflammation. On vous a peut-être dit : "Arrête de courir, mets de la glace et attends que ça passe."
Pourtant, après des semaines de repos, la douleur revient dès la reprise.
Pourquoi ? Parce que la science a changé, mais pas toujours les traitements.
En 2026, nous ne considérons plus cette pathologie comme une simple inflammation, mais comme un problème de charge osseuse souvent aggravé par un problème nerveux silencieux.
En tant que kinésithérapeute à Esneux, je vous explique ce qui arrive réellement à votre jambe et comment la guérir pour de bon grâce aux dernières avancées scientifiques.
Le Syndrome de Stress Tibial Médial (SSTM) est une pathologie de surcharge. Le terme médical exact évolue vers LIMP (Load Induced Medial-Leg Pain).
Contrairement à une idée reçue, ce n'est pas seulement la membrane (périoste) qui souffre, mais l'os lui-même qui fatigue.
Imaginez votre tibia non pas comme une barre de fer rigide, mais comme un matériau légèrement flexible. À chaque impact au sol, votre tibia se courbe très légèrement (Flexion Tibiale).
Si vous courez trop, trop vite, ou sans la force musculaire nécessaire pour rigidifier l'os, cette flexion répétée crée des micro-dommages.
La périostite (douleur au tibia) est souvent le signe que votre pied ne gère pas bien l'impact au sol.
Si votre voûte plantaire s'écrase à chaque pas, vous surchargez le tibia. C'est le mécanisme du Pied Faible et l'Effondrement qu'il faudra corriger.
Souvent, cette mauvaise gestion de l'impact crée aussi des tensions sous le talon : vérifiez si vous ne souffrez pas aussi d'un début de Fasciite Plantaire.
À Esneux, nous traitons ces trois problèmes ensemble pour éviter la récidive.
La périostite n'est que le début d'un spectre. Si on ignore la douleur :
Stade 1 (Périostite/LIMP) : Douleur diffuse sur plus de 5 cm le long de l'os.
Stade 2-3 (Réaction de Stress) : L'os devient poreux ("œdème médullaire").
Stade 4 (Fracture de Fatigue) : L'os se fissure. La douleur devient alors très précise (point de moins de 5 cm) et vive.
C'est pourquoi nous débutons chaque prise en charge par un triage clinique (CRIANTE) pour exclure la fracture.
C'est la frustration numéro 1. L'échec vient souvent de modèles dépassés, mais surtout de l'oubli du facteur neurologique.
Le repos complet calme la douleur, mais il affaiblit la structure osseuse et musculaire. C'est le piège du désentraînement : votre seuil de tolérance baisse. Quand vous reprenez, votre os est encore plus fragile qu'avant.
Le muscle Soléaire (situé sous le mollet) est le protecteur du tibia. Lorsqu'il est fort, il agit comme un hauban qui empêche le tibia de se courber à l'impact. Les massages seuls ne renforcent pas ce muscle.
Voici le point crucial issu des recherches 2026.
Vos muscles protecteurs (soléaire, tibial postérieur) sont pilotés par le nerf sciatique, dont la racine sort de vos vertèbres lombaires L5 et S1.
Il existe un phénomène appelé Double Crush Syndrome. Une irritation minime dans votre dos (même sans douleur lombaire !) peut réduire l'influx électrique vers les muscles de la jambe.
Conséquence : Vos muscles réagissent avec quelques millisecondes de retard. Ils n'amortissent pas le choc à temps. Le tibia encaisse tout.
Le diagnostic : Si votre périostite revient sans cesse, le problème n'est pas dans la jambe, il est dans la commande nerveuse.
OUI, c'est soignable. Mais l'os est un tissu lent à se réparer (beaucoup plus lent que le muscle).
Délai moyen : Comptez entre 60 jours et 4 mois pour un retour complet sans douleur.
Pourquoi ? L'os doit passer par une phase de résorption (nettoyage) avant de se reconstruire. Si on reprend trop tôt, on casse le cycle.
Cependant, "long" ne veut pas dire "inactif". Vous pouvez (et devez) rester actif durant la guérison.
Au Centre Médical Nève, mon approche va bien au-delà de la glace et des ultrasons. Voici ma stratégie en 4 Piliers :
1. Le Triage Neuro-Mécanique : Je ne regarde pas que votre tibia. Je teste la mobilité de votre dos et la "glisse" de vos nerfs (Tests Neurodynamiques). Si votre nerf sciatique est irrité, nous traiterons votre dos pour sauver votre jambe.
2. Le "Projet Soléaire" (Renforcement Ciblé) : Nous allons renforcer votre muscle soléaire avec des charges lourdes (assis, genoux fléchis). C'est la seule façon de rigidifier activement le tibia et de stopper la flexion osseuse.
3. La Gestion de la Charge ("Pain Monitoring") : Nous utilisons une règle simple : vous pouvez faire des activités tant que la douleur reste inférieure à 3/10 pendant l'effort et ne persiste pas le lendemain. C'est l'approche Rehab-U : trouver la dose optimale.
4. Rééducation de la Foulée (Gait Retraining) : Souvent, augmenter votre cadence de course de 5 à 10 % (faire plus de petits pas) suffit à réduire considérablement l'impact sur l'os. Nous analyserons votre course pour faire cet ajustement.
La périostite est un signal d'alarme de votre os qui vous dit : "Je ne suis pas assez fort pour ce que tu me demandes, ou mes gardes du corps (muscles) dorment."
L'erreur fatale est d'attendre que ça passe. Plus vous attendez, plus vous risquez la fracture de fatigue.
Le traitement moderne vous demande de l'engagement : renforcer le soléaire, vérifier le dos et gérer la charge.
Vous souffrez de douleurs aux tibias ? Ne perdez pas 4 mois à attendre. Prenez rendez-vous pour un bilan complet.
Winters, M. (2025). Medial Tibial Stress Syndrome: Diagnosis, Treatment and Return to Sport. BJSM.
Schmid, A. B., et al. (2024). Entrapment Neuropathies: Challenge the Dogma. JOSPT. (Pour le lien Nerf-Douleur).
Warden, S. J., et al. (2023). Management of Bone Stress Injuries in Long-Distance Runners. JOSPT.
Coppieters, M. W. (2023). The Double Crush Syndrome defining the phenomenon.