L’Imagerie Médicale en Kinésithérapie : Pourquoi voir l'intérieur de votre corps peut parfois freiner votre guérison
Par Foncel Makoso Mpongo | Kinésithérapeute au Centre Médical Nève, Esneux
Par Foncel Makoso Mpongo | Kinésithérapeute au Centre Médical Nève, Esneux
Dans ma pratique à Esneux, je rencontre souvent des patients arrivant avec une prescription de kiné et une grosse enveloppe d'imagerie. L'inquiétude est palpable : « Regardez, le radiologue a écrit que mon disque est usé » ou « J'ai le dos d'une personne de 80 ans ».
Pourtant, la science moderne (campagne Choosing Wisely 2026) nous apprend que voir l'intérieur de son corps peut être un couteau à double tranchant.
Si l'imagerie est vitale pour détecter des pathologies graves (fractures, tumeurs, infections), elle est souvent trompeuse pour les douleurs communes.
Voici pourquoi votre radio ne raconte pas toujours la vérité sur votre douleur.
L'imagerie est d'une sensibilité extrême : elle voit tout, même ce qui n'a aucune importance.
Les études épidémiologiques récentes sont formelles : avoir des "anomalies" sur une IRM est normal passé 30 ans. Ce sont des signes de vie, comme des cheveux gris ou des rides, pas des blessures.
Regardez ces chiffres sur des personnes qui n'ont aucune douleur (Asymptomatiques) :
Dos (Lombaire) : À 50 ans, 80 % des gens "sains" ont une dégénérescence discale et 60 % ont une protrusion discale.
Épaule : Passé 60 ans, plus de 50 % des gens ont une rupture (partielle ou complète) de la coiffe des rotateurs sans le savoir et bougent parfaitement leur bras.
Genou : Près de 40 % des adultes de plus de 40 ans ont des lésions méniscales visibles à l'IRM sans aucune gêne.
La conclusion ? Si vous avez mal au dos et que l'IRM montre une hernie, il est possible que cette hernie soit là depuis 10 ans et ne soit pas la cause de votre douleur actuelle.
Lire des termes comme "usure", "dégénérescence", "os sur os" ou "pincement" a un effet biologique réel sur votre cerveau. C'est l'Effet Nocebo.
La Peur : Vous visualisez votre colonne comme une ruine fragile.
L'Évitement (Kinésiophobie) : Vous arrêtez de bouger pour "protéger" ce qui est cassé.
La Raideur : Vos muscles se contractent en permanence.
La Douleur Augmente : Votre système nerveux devient hypersensible.
L'image a créé une "invalidité" qui n'existait pas physiquement.
C'est ici que mon expertise en Neurodynamique est cruciale (basée sur les données 2026).
Parfois, l'IRM montre un problème "évident" (ex: un ménisque abîmé au genou). On opère le ménisque... et la douleur persiste.
Pourquoi ? Parce que la véritable cause était une Radiculopathie Silencieuse (une irritation du nerf L3 ou L4 dans le dos) qui projetait une douleur au genou.
L'IRM du genou était un "Faux Positif" : elle a montré une usure réelle mais indolore, détournant l'attention de la vraie cause nerveuse.
C'est pourquoi je ne traite jamais une image seule.
Bien que vous consultiez sur prescription, ma responsabilité de kinésithérapeute expert est de réaliser un Triage Clinique.
Sécurité d'abord : J'utilise le système des Drapeaux Rouges (Red Flags) pour vérifier si votre cas nécessite vraiment une imagerie (perte de force brutale, fièvre, perte de poids inexpliquée).
Fonction ensuite : Je ne me demande pas "À quoi ressemble votre dos ?" mais "Que pouvez-vous faire avec votre dos ?".
À Esneux, mon objectif est de vous redonner confiance en la robustesse de votre corps.
Une image statique ne définit pas votre avenir. Votre capacité à bouger, si.
Ne laissez pas un compte-rendu radiologique dicter ce que vous pouvez faire ou non.
Vous avez une IRM inquiétante et vous ne savez plus quoi faire ?
Brinjikji, W., et al. (2015). Systematic literature review of imaging features of spinal degeneration in asymptomatic populations. AJNR.
Maher, C., et al. (2025). The Lancet Low Back Pain Series (Choosing Wisely).
KCE (2024). Rapport 375 : Utilisation rationnelle de l'imagerie dans les lombalgies.
Schmid, A. B. (2024). Entrapment Neuropathies (The risk of False Positives in MRI).